Lou BENNETT : biographie

Lou Bennett est né à Philadelphie (Pennsylvanie) le 18 mai 1926, où habitait sa mère.
Abandonné par son père (Martiniquais) à sa naissance  ( son véritable nom est Louis Benoit ), il est en fait élevé par son grand père, qui était pasteur baptiste dans le Maryland, et sa grand mère, qui lui apprend à accompagner au piano ou à l' harmonium, les chants d'Eglise.

Jusqu'à 12 ans, il fait fonction de répétiteur pour les chorales de la paroisse.
Il apprend ensuite le métier de cordonnier  et joue du piano, en amateur, à Baltimore.
Durant son service militaire (1943-1946) il tient le tuba dans la fanfare de l'armée: c'est sans doute de la pratique de cet instrument que lui viendra le goût pour les basses opulentes qu'il tirera plus tard de son orgue Hammond.
A sa démobilisation, il reprendra son métier de cordonnier tout en constituant un trio de jazz inspiré par Nat King Cole.
(cordonnier le jour, musicien la nuit, dormant parfois quelques heures dans sa voiture, en attendant l'ouverture du magasin de son patron)
Il s'intéresse aussi à l'électronique et, en 1949, après avoir entendu Wild Bill Davis, il s'achète un orgue.
De fil en aiguille, il acquièrt une certaine notoriété à Baltimore,et , fort de ce succès, Lou Bennett décide de "monter"
à New York en 1955, où il rencontre des agents artistiques qui lui feront faire des tournées dans tout les U.S.A., sauf la côte ouest.

En 1959, il rencontre à New York, Daniel Filipacchi, rédacteur en chef d'Europe 1, qui l'invita à venir en France, pour faire connaitre l'orgue aux amateurs de jazz Français.
C'est ainsi que Lou Bennett débarqua au Havre, en 1960, avec son Hammond B3.

Dès son arrivée, il est engagé par le célèbre "Blue Note" à Paris, où il  rencontre immédiatement le succès et
enregistre son premier disque "Amen" qui connait d'emblée, une appréciable réussite commerciale.
C'est le point de départ d'une activité soutenue, pendant des années, tant en France (au Blue Note notamment où il jouera jusqu' en 1968 avec Jimmy Gourley et Kenny Clarke ) qu'à l'étranger.
C'est au Blue Note également qu'il fera la connaissance de Sonia, sa fidèle compagne, qu'il épousera en 1962.
Ci-dessous un extrait mémorable filmé à Prague, en 1966 avec Philip Catherine à la Guitare et Franco Manzecchi aux drums.
Un document exceptionnel !

 

Le jour de son mariage, arrivera inopinément le propriétaire du Club de jazz "Le Jamboree" à Barcelone, qui vient
lui faire signer un contrat d'engagement au Jamboree où il revient régulièrement en compagnie des guitaristes
Filip Catherine, André Coudouant ou  René Thomas, avec à la batterie, Kenny Clarke ou Billy Brooks.
C'est à ce moment là que Lou décidera de s'installer définitivement en Europe.

La carrière de Lou atteint rapidement son apogée.
Au delà de ses concerts, il composa également de nombreuses  musiques de films célèbres dont :
"Le Glaive et la Balance" d'André Cayatte
"El Momento de la Verdad" de Francisco Rosi
"La Vile Seduction" de José Vargas.

En 1978, las de trainer les quelque 200 kilos de son Hammond B3, Lou conçoit et fabrique un orgue, la "Bennett Machine",
qui lui permet de multiplier les "voix" de l'instrument (piano, cordes, coeurs, cuivres) .
Il récupère le pédalier de deux octaves de son B3, et y couple
une sorte de synthétiseur, donnant aux basses, la sonorité quasi parfaite de la contrebasse.
Car il faut bien le dire, Lou avait développé, au fil du temps,
un jeu de basses réalisé au pied gauche, qu' aucun organiste au monde n'a jamais pu égaler, tant sa dextérité est tout bonnement prodigieuse, plaçant souvent dans ses interprétations, des solos de basses à peine imaginables....

Au fil du temps également, Lou se dégage de ses premières influences (Wild Bill Davis, Jimmy Smith) et acquière son style
propre, à la fois dépouillé, et richissime en harmonies. 

Lou et Sonia: construction de la "Bennett Machine"

Son sens de la nuance, son swing inimitable, du à la richesse de son jeu de basses au pied gauche, fera toute sa légende.
Dans les années qui suivirent, et plus spécialement àprès la fermeture du "Blue Note",  Lou donnera un nombre impressionnant de concerts en Allemagne, en Suède, en Tchécoslovaquie, Espagne,etc... où son nom sera à
l'affiche des plus grands clubs de jazz, comme des plus petits: son sens de l'Humain l'amenait assez souvent à
oublier son intéret financier immédiat, pour parfois permettre à un ami de survivre à la tête de son club.
Par la suite, et tout particulièrement lors de la fermeture du "Jamboree", Lou s'établit à Madrid où il jouera
de manièrer quasi continue, dans les plus grands clubs de la ville.
Il est à noter que le club "Jamboree" de Barcelone, réouvrira par la suite, sous la direction de Juan Mas.
Juan Mas et sa soeur Anna (qui possède le club de jazz "La bôite", également à Barcelone) deviendront des amis personnels de Lou.

Dès 1994, l'état de santé de Lou se détériora, celà ne l'empéchant pas de continuer avec courage, ses concerts.
Etant victime de difficultés respirtatoires, il avait même prévu de se déplacer avec ses appareils
d' oxygénation !

Suite à un dernier concert, donné le 4 Janvier 1997, Lou du rentrer immédiatement à l'hopital du Chesnay
(Paris) où il était en traitement, et où il décèdera le 10 février .

Un grand musicien nous a quitté, mais aussi un Homme, généreux, simple, et maniant l'humour
avec la même dextérité que ses claviers...