LOU BENNETT: vu par Eddy Delhaye
Eddy Delhaye (organiste) a été pendant plus de 10 années, l'ami, l'élève et l'agent de Lou: Il témoigne :
| Juin 1984 : japprends que Lou Bennett donnait un concert au
" Piano Bar " à Namur, place du marché au légumes, sympathique
établissement de Luc Lambert. Cette date est doublement importante car cétait la première fois que japprocherais Lou, et également la première fois que je sortais avec celle qui deviendrait, nettement plus tard, ma seconde et adorable épouse. Nous arrivons donc, Sabine et moi, juste avant le début du concert. Lou était accompagné aux drums par Hervé Capelle. Dès les premières notes, je me sentis transporté sur une autre planète : je navais jamais rien entendu de pareil, et plus particulièrement, je fus littéralement époustouflé par le jeu de pédale de lorganiste. |
| Toutefois, pendant la
prestation, je remarquai quun " pirate de la vidéo "
enregistrait le concert, visiblement sans laccord de lartiste : cela
sentait le brûlé
Effectivement, après deux avertissements restés sans suite, Lou Bennett, très contrarié. mit fin de manière légèrement anticipée à son concert. Il se trouve que nous nous retrouvâmes à la même table, en train dengloutir bon nombre de bières.Ce fût grâce à lalcool que jeu laudace de confier à Lou que javais un fantasme " Oh toi aussi, me répondit t il " avec son accent Américain . " Oui, répondis je, je rêve que vous veniez jouer rien que pour moi, pour mon anniversaire " Je le vis sortir un carnet et me demander ma date de naissance : le 13 septembre. Il me demanda mon numéro de téléphone, le nota et rangea son agenda. Bien sûr, je nimaginais même pas avoir de ses nouvelles. Or, un an plus tard, je reçu un appel de Lou, prenant de mes nouvelles et me demandant si ma date danniversaire était toujours la même ! ! ! Je croyais rêver ! Il se trouve quen temps que commerçant, je disposais dun hall dexposition de 300m2 qui fut transformé en salle de spectacle. Et le 13 septembre 1985 fut une journée bénie : Lou Bennett débarqua chez moi, et donna un concert exceptionnel, devant un parterre de quelque 100 personnes de mes amis et connaissances. Il était accompagné à la batterie par Hervé Capelle et Paolo Radoni à la guitare Lou séjourna plusieurs jours chez moi, et notre amitié prit naissance, éternelle. Jeu le privilège de devenir son élève à lorgue Hammond , et aussi son agent pour ses concerts en Belgique. Souffrant parfois d' insomnies, Lou en peignoir et charentaises, travaillait inlassablement ses impros et ses harmonies à lorgue. Je vivais seul à lépoque, et lui consacrais tout mon temps : nous passions des nuits entières à refaire le monde, à discuter de musique et du show business, des femmes, de politique, embués que nous étions dalcool et de fumée de cigarettes. Il mapprit le jeu de basses au pédalier, et les secrets de ses harmonies dissonnantes, respectant de manière incroyable mon quasi " illetrisme musical " Je découvris lHomme, merveilleux de simplicité et dauthenticité, et dune richesse tant intérieure que culturelle et musicale très au dessus de la moyenne. Avec le même aplomb que lors de notre 1ère rencontre, je lui proposai de devenir son agent pour la Belgique, de manière parfaitement bénévole, à la condition expresse que lannée suivante, il revienne donner un concert chez moi pour mon anniversaire. Il en rit à gorge déployée et accepta bien volontiers. Cest ainsi que lannée suivante (1986) je lui trouvai une série de concerts en Belgique durant le mois de septembre. Entre temps, je vendis mon Hammond B200 et fis lacquisition dun magnifique B3 flanqué de deux cabines leslies (le must) sans oublier les moyens de transport adéquats . Lorsquil lapprit, Lou fut aux anges : bénéficier dun instrument à la hauteur de son immense talent, et sans devoir gérer son transport : il me confia : " tu me soignes, je voudrais toujours donner mes concerts dans de telles conditions ! " Au fil du temps, jappris à découvrir le personnage de Lou, son histoire, ses joies, ses attentes, ses déceptions aussi.. Il mexpliqua comment, en 1960, à linvitation de Daniel Filipacchi, il prit le bateau pour la France. A lépoque, la France était perçue par les jazzmens américains, comme un véritable Eldorado. Il y retrouva son copain Kenny Clarke (drums) et René Thomas (guitare) qui constituèrent son trio de base. " Avec eux, tu ne pouvais que bien jouer " précisait til, et pour cause, Clarke (usa) et Thomas (Belgique) faisant partie du gotha des meilleurs musiciens de jazz au monde ! Mais Lou en arriva assez rapidement aussi à me parler de la " mafia " du jazz business Français, ayant le sentiment davoir été exploité plus souvent quà son tour. Il est vrai que la carrière de Lou Bennett na jamais été prise en charge par un agent digne de ce nom, et dautre part, Lou nétait pas un homme dargent , mais il y a des limites à tout ! Par contre, après quil aie été invité en Espagne par les patrons des plus grand clubs de jazz, Lou décida assez facilement de sy installer. LA BENNETT MACHINE Lou, au début de son arrivée en France, avait amené avec lui, son Hammond B3, et cabine Leslie. Il est vrai quà force de déplacer lui même, ce monstre de plus de 200 kilos (cabine comprise), il en arriva assez vite à rechercher un instrument davantage transportable. Cest ainsi quil mis au point sa Bennett machine, constituée dun Hammond XB2 pour clavier supérieur + un synthé de son cru au clavier inférieur, lui permettant, au niveau des harmoniques de " sortir " aussi bien des sons de flutes que des churs vocaux. Bien entendu, il avait récupéré le fameux pédalier de son B3 auquel il avait couplé un " string bass " reproduisant à merveille le son de la contrebasse. Il avait considérablement assoupli les ressorts du pédalier afin quil puisse à loisir, effectuer les solos de basses les plus incroyables. Il faut bien dire quavant tout, Lou était et restera sans doute à jamais, lorganiste le plus talentueux au niveau de son jeu de pédalier. Il me rappelait souvent : " un organiste qui ne fait pas la basse au pied nest jamais quun pianiste recyclé " Certes, gérer en même temps, mélodie (main droite et clavier supérieur), harmonies (main gauche et clavier inférieur) et basse (pied gauche au pédalier ) est une gymnastique difficile tant au niveau strictement musical , mais aussi et surtout, au niveau " psycho-moteur " , main droite, main gauche et pied gauche devant rester indépendants l un de lautre. La vie du musicien fut également largement endeuillée, puisque Lou perdit ses plus fidèles compagnons René Thomas, décédé chez lui en 1975 et Kenny Clark surnommé Klook décédé en janvier 1985. Ajouter à cela, laccident de moto de Hervé Capelle (son batteur, lors de ses tournées en Belgique) qui le priva de lusage de ses jambes (1990) , et qui décéda quelques année plus tard. Dans les années quatre vingt dix, la santé de Lou se dégrada, et son moral en même temps quelle. Il ne supportait plus très bien sa vie de saltimbanque . Jorganisai sa dernière tournée de concerts en Belgique en 1995, dont le plus inoubliable fut celui quil donna à la ferme de Gouvy avec Steve Houben, et en présence de Madame Marie Thomas (veuve du guitariste René Thomas). |